Bien avant que l'aube de l'Islam ne se lève sur La Mecque, vivait un homme du nom d'Abd al-Rahman ibn Awf. Commerçant prospère et esprit vif, il possédait une fortune que beaucoup enviaient, mais son âme cherchait une richesse que l'or ne pouvait acheter. Le soir, il contemplait le désert, sentant que le silence des étoiles contenait une vérité plus profonde que le tumulte des marchés.
Un jour, son ami de toujours, Abu Bakr, vint à lui avec une lueur nouvelle dans le regard. Il lui parla d'un homme, Muhammad, et d'un message qui appelait à n'adorer qu'un seul Dieu, le Créateur de toute chose. Le cœur d'Abd al-Rahman, déjà en quête, reconnut le son de la vérité dans ces paroles.
Guidé par Abu Bakr, il se rendit à la rencontre du Prophète. Dans la simplicité d'une demeure mecquoise, les versets du Coran furent récités. Chaque mot était une goutte de pluie sur la terre assoiffée de son cœur. Sans une once d'hésitation, Abd al-Rahman prêta allégeance, joignant les rangs des premiers croyants.
Fuyant les persécutions, il dut tout abandonner : sa maison, ses biens, sa fortune. Il entreprit l'Hégire vers Médine, n'emportant avec lui que sa foi inébranlable. Le désert qu'il traversait était immense, mais la promesse d'une nouvelle aube pour sa communauté le portait en avant.
À Médine, le Prophète lia Abd al-Rahman par un pacte de fraternité avec Sa'd ibn al-Rabi', un homme riche des Ansars. Sa'd lui offrit la moitié de tout ce qu'il possédait : sa maison, ses vergers, son argent. Une offre d'une générosité sans pareille.
Abd al-Rahman, touché mais digne, refusa poliment. "Que Dieu bénisse ta famille et tes biens," dit-il. "Indique-moi simplement le chemin du marché." Sa richesse n'était pas dans ce qu'on lui donnait, mais dans le don qu'Allah lui avait fait pour le commerce.
Grâce à son talent et à son honnêteté, sa fortune renaquit de ses cendres. Bientôt, ses caravanes commerciales devinrent si grandes qu'à leur arrivée, elles faisaient trembler la ville de Médine. Il était redevenu immensément riche, mais son cœur, lui, était resté humble.
Il considérait sa richesse comme un dépôt divin. Un jour, une caravane de 700 chameaux chargés de marchandises arriva pour lui. Avant même de la décharger, il en fit don dans sa totalité aux pauvres de Médine, partageant la bénédiction qu'il avait reçue.
Pourtant, cette richesse l'effrayait. Il pleurait souvent, craignant qu'elle ne soit un obstacle entre lui et le Paradis. Il se rappelait ses compagnons morts dans la pauvreté et craignait d'avoir reçu sa récompense en ce bas-monde.
Mais le Messager de Dieu l'avait rassuré de son vivant, le nommant parmi les dix compagnons promis au Paradis. Abd al-Rahman ibn Awf, le marchand béni, laissa derrière lui l'héritage éternel d'un homme qui acheta l'au-delà avec les biens de ce monde, prouvant que la plus grande richesse est un cœur détaché qui ne cherche que l'agrément de son Seigneur.
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