L'histoire commence par une nuit sombre et lourde de silence à la Mecque. Nous sommes environ un an avant l'Hégire (l'émigration vers Médine). Le Prophète (paix et bénédictions de D'Allah sur lui) traverse ce qu'on appelle l'Année de la Tristesse ('Am al-Huzn). Il vient de perdre son épouse bien-aimée, Khadija, son soutien indéfectible, ainsi que son oncle et protecteur, Abu Talib. Rejeté par les habitants de Taïf, harcelé par les Quraysh, son cœur est lourd.

Cette nuit-là, alors qu'il dort près de la Kaaba, l'extraordinaire commence...

L'archange Jibril (Gabriel) apparaît, fendant l'obscurité. Il réveille doucement le Prophète. Après un rituel de purification avec l'eau de Zamzam, Jibril lui présente une monture fantastique venue du Paradis : Al-Buraq.

« C'était une bête blanche, plus grande qu'un âne mais plus petite qu'un mulet, qui posait son sabot à l'extrémité de son regard. »

Le Prophète monte sur Al-Buraq. En un instant, le paysage de la Mecque s'efface. Ils traversent le désert à la vitesse de l'éclair. Leur destination ? Bayt al-Maqdis (Jérusalem).

« Gloire et Pureté à Celui qui de nuit, fit voyager Son serviteur [Muhammad], de la Mosquée Al-Haram (à La Mecque) à la Mosquée Al-Aqsa (à Jérusalem) dont Nous avons béni l'alentour, afin de lui faire voir certaines de Nos merveilles. C'est Lui, vraiment, qui est l'Audient, le Clairvoyant. » (Coran 17:1)

Arrivé au Mont du Temple, le Prophète attache sa monture. Il pénètre dans ce qui est aujourd'hui la mosquée Al-Aqsa. Là, une scène stupéfiante l'attend : tous les Prophètes précédents, d'Adam à Jésus (Issa), en passant par Moïse (Moussa) et Abraham (Ibrahim), sont rassemblés.

Jibril demande à Muhammad (pbsl) de s'avancer. Cette nuit-là, dans une prière historique, le dernier des Prophètes guide tous les messagers de Dieu dans la prière. C'est le symbole ultime de l'unité du message divin et de son achèvement.

Une fois la prière terminée, la deuxième partie du voyage commence : l'Ascension. Une sorte d'échelle de lumière (Mi'raj) apparaît, permettant de monter vers les cieux.

À chaque ciel, Jibril demande l'ouverture des portes, et à chaque niveau, le Prophète rencontre les grands hommes qui l'ont précédé, recevant leurs salutations et leurs bénédictions :

1er Ciel : Il rencontre Adam, le père de l'humanité.

2ème Ciel : Il rencontre les cousins maternels, Yahya (Jean-Baptiste) et Issa (Jésus).

3ème Ciel : Il voit Yusuf (Joseph), à qui fut donnée la moitié de toute la beauté du monde.

4ème Ciel : Il rencontre Idris (Enoch).

5ème Ciel : Il salue Harun (Aaron), le frère de Moïse.

6ème Ciel : Il rencontre Moussa (Moïse). En le quittant, Moïse pleure, ému de voir un prophète dont la communauté entrera au Paradis en plus grand nombre que la sienne.

7ème Ciel : Il rencontre Ibrahim (Abraham), adossé à Bayt al-Ma'mur (la Maison Peuplée), le temple céleste situé juste au-dessus de la Kaaba, où 70 000 anges prient chaque jour sans jamais revenir

Le Prophète continue de s'élever jusqu'à atteindre Sidrat al-Muntaha (le Lotus de la Limite). C'est un arbre immense, aux couleurs indescriptibles, marquant la frontière qu'aucune création, pas même l'ange Jibril, ne peut franchir:

13. « Il l'a pourtant vu, lors d'une autre descente, 14. près de la Sidrat-ul-Muntaha (le Lotus de la limite), 15. près d'elle se trouve le Jardin de Ma'wâ (Jardin du Refuge). 16. Au moment où le Lotus était couvert de ce qui le couvrait. 17. La vue n'a nullement dévié ni outrepassé la mesure. 18. Il a bien vu certaines des grandes merveilles de son Seigneur. » (Coran 53: 13-18)

Ici, Jibril s'arrête. Il dit au Prophète : « Si j'avance d'un pas, je serai brûlé par la Lumière. Mais toi, si tu avances, tu traverseras. »

Le Prophète avance seul. Il atteint un niveau de proximité avec Allah qu'aucun être n'a jamais atteint. C'est là que le plus grand cadeau est donné.

Allah prescrit 50 prières par jour à la communauté musulmane. En redescendant, le Prophète croise Moïse, qui, fort de son expérience avec les enfants d'Israël, lui conseille : « Retourne vers ton Seigneur et demande un allègement, ta communauté ne pourra pas supporter cela. »

S'ensuit un va-et-vient entre la Présence Divine et Moïse. Les prières sont réduites de 50 à 5. Allah déclare alors :

« Elles sont cinq (en nombre) mais cinquante (en récompense). Ma parole ne change pas. »

Le Prophète redescend sur Terre, remonte sur Al-Buraq et retourne à la Mecque alors qu'il fait encore nuit. Selon certaines traditions, son lit était encore chaud à son retour, soulignant que le temps terrestre s'était comme suspendu.

Le lendemain matin, le Prophète s'assoit, anxieux. Comment raconter l'impossible ? Lorsqu'il partage son récit, les polythéistes (Quraysh) se moquent de lui et l'appellent menteur.

Ils exigent une preuve. Le Prophète décrit alors Jérusalem avec une précision chirurgicale, bien qu'il n'y fût jamais allé auparavant. De plus, il décrit une caravane commerciale qu'il a vue en chemin, précisant où elle se trouvait et quand elle arriverait à la Mecque. La caravane arrive exactement comme prédit.

Les gens courent voir Abu Bakr, le meilleur ami du Prophète (paix et bénédiction d'Allah sur lui), espérant qu'il reniera son ami face à une histoire aussi incroyable. Abu Bakr répond simplement : « S'il l'a dit, alors c'est la vérité. Je le crois pour des choses bien plus grandes (la Révélation venue du ciel), pourquoi ne le croirais-je pas pour cela ? » C'est ce jour-là qu'il fut nommé As-Siddiq (Le Véridique).

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