Après la toute première révélation, lorsque le Prophète, paix et bénédictions d'Allah sur lui, reçut les premiers versets de Sourate Al-Alaq (L'Adhérence) dans la grotte de Hira, il y eut une période de silence. Les sources varient quant à la durée exacte de cette interruption (quelques jours, des semaines, voire plus), mais elle fut importante.

Le Prophète Muhammad (PSBL) était dans un état de profonde solitude, de tristesse et d'angoisse. Après avoir eu la certitude d'être le Messager d'Allah, et après l'expérience bouleversante de la rencontre avec l'Ange Gabriel (Jibril), ce silence soudain le laissa dans le doute et la peur d'avoir été abandonné par son Seigneur. Il désirait ardemment recevoir d'autres Paroles d'Allah pour être guidé et réconforté dans sa lourde mission.

Dans le secret de son cœur, une angoisse croissante s'installait. Avait-il mal compris ? Avait-il manqué à son devoir ? La pensée que son Seigneur l'avait abandonné venait le torturer. Il brûlait du désir d'entendre à nouveau la voix du Ciel, de recevoir la certitude et le réconfort nécessaires pour entreprendre la tâche immense qui l'attendait. Les jours s'enchaînaient, et l'attente devenait presque insoutenable.

Cependant, la Miséricorde d'Allah ne saurait tarder.

Un jour, alors qu'il marchait, Muhammad (PSBL) entendit soudain un son qui ne venait ni de la terre, ni des hommes, mais des hauteurs. Instinctivement, il leva les yeux.

Là, dans l'immensité bleutée, entre le ciel et la terre, il vit la forme colossale, familière et terrifiante à la fois, de l'Ange Gabriel, celui-là même qui lui était apparu à Hira. L'Ange était assis sur une chaise majestueuse, emplissant l'horizon de sa présence.

Le Prophète fut à nouveau saisi d'une peur instinctive et d'un tremblement profond. Il comprit que le moment était arrivé.

Submergé par l'émotion, le Messager se précipita chez lui, cherchant refuge et chaleur auprès de son épouse. Il entra, haletant, et s'écria :

« Couvrez-moi ! Couvrez-moi ! Enveloppez-moi ! »

Alors qu'il s'enveloppait dans ses vêtements, cherchant à calmer le battement tumultueux de son cœur, la Révélation fit de nouveau irruption, non pas avec la douceur d'une consolation, mais avec la puissance d'un ordre, mettant fin à l'angoisse de l'attente :

« Ô toi, l’homme revêtu d’un manteau ! » (Coran 74:1). Le Messager comprit que la mission reprenait, plus forte et plus urgente que jamais. L'interpellation était directe, personnelle, et exigeait une réponse immédiate.

« Lève-toi et avertis ! » (Coran 74:2). Le commandement était clair : le temps de la retraite solitaire était terminé. Il fallait sortir de l'isolement et parler au monde, annoncer le message de l'Unicité.

« Et de ton Seigneur, glorifie la grandeur ! » (Coran 74:3). La première tâche était de proclamer la Souveraineté et la Majesté d'Allah, la source de toute existence et de toute guidance.

Le Messager se purifia, intérieurement et extérieurement, car son message exigeait la plus grande pureté et l'intégrité absolue. « Et tes vêtements, purifie-les ! » (Coran 74:4).

L’appel à l’action s’accompagnait d’un rejet catégorique de toute forme d'associationnisme et d'erreur. « Et de l’abomination (les idoles), écarte-toi ! » (Coran 74:5). La voie de la vérité était sans compromis.

Face à la difficulté de la tâche, face à l'hostilité future des siens, l'instruction essentielle fut révélée : la patience. « Et pour l’amour de ton Seigneur, endure ! » (Coran 74:6).

Cet ordre marqua la fin de la période de silence et le début de la période de l'appel public. Le manteau n'était plus un refuge contre la peur ; il était le symbole d'une mission qu'il devait désormais porter. L'angoisse s'évanouit, remplacée par la certitude et par l'impératif de commencer à célébrer la grandeur d'Allah et à purifier son être pour l'œuvre qu'il devait accomplir. La Révélation était revenue.