C'est l'histoire du tout premier crime commis sur Terre, une tragédie familiale qui a taché de sang le berceau de l'humanité. C'est l'histoire de Habil (Abel) et Qabil (Caïn), les fils d'Adam et Hawwa (Eve).
Nous sommes aux premiers temps du monde. Adam et Hawwa vivent désormais sur Terre, s'adaptant à cette vie d'épreuves après avoir quitté le Paradis. Ils ont de nombreux enfants, mais deux d'entre eux se distinguent.
Qabil est l'aîné. C'est un cultivateur, un homme de la terre, décrit comme ayant un caractère rude, dur et parfois avare. Habil, le cadet, est berger, un homme au cœur tendre, généreux et profondément pieux.
Une dispute éclate concernant le mariage. À cette époque, pour peupler la terre, chaque fils d'Adam devait épouser la jumelle de son frère. Qabil voulait épouser sa propre sœur jumelle (qui était très belle), refusant de la laisser à Habil. Pour trancher ce différend, Adam, inspiré par Dieu, leur ordonne de faire une offrande à Allah. Celui dont l'offrande sera acceptée aura raison.
C'est ici que la véritable nature des deux frères se révèle.
Habil, le berger, parcourt son troupeau. Il cherche la bête la plus grasse, la plus belle, celle qu'il aime le plus. Il l'offre avec un cœur pur, tremblant de crainte et d'amour pour son Créateur. Il donne le meilleur de ce qu'il possède.
Qabil, le cultivateur, regarde ses champs. Il ne choisit pas les beaux fruits ou les blés dorés. Il ramasse ce qui est fané, de mauvaise qualité, ce dont il ne veut pas pour lui-même. Il l'offre avec insouciance, sans véritable dévotion.
Un feu descendait du ciel pour consumer l'offrande acceptée. Le feu descendit... et dévora l'offrande de Habil. L'offrande de Qabil resta intacte, rejetée.
L'humiliation de Qabil se transforme instantanément en une rage noire. Satan (Iblis), voyant une opportunité de corrompre les fils d'Adam comme il avait trompé leur père, souffle sur les braises de sa jalousie.
Le visage sombre, Qabil marche vers son frère et prononce cette sentence terrible :
« Je te tuerai sûrement. » (Coran 5:27)
La réponse de Habil est restée gravée dans l'histoire comme un sommet de sagesse et de pacifisme. Il ne répond pas par la colère, mais par un calme motivée par la crainte d'Allah :
« Allah n'accepte [l'offrande] que de la part des pieux (Al-Muttaqin). » (Coran 5:27)
Habil continue, définissant l'éthique du croyant face à la violence :
« Si tu tends ta main vers moi pour me tuer, moi, je ne tendrai pas ma main vers toi pour te tuer. Car je crains Allah, le Seigneur de l'Univers. » (Coran 5:28)
Habil refuse de se défendre si cela implique de commettre un péché. Il choisit d'être la victime plutôt que le meurtrier.
Aveuglé par sa haine, sourd à la sagesse de son frère, Qabil passe à l'acte. L'histoire raconte qu'il a frappé son frère alors que celui-ci dormait, ou qu'il l'a attiré à l'écart. Quoi qu'il en soit, Qabil tue Habil.
Le sang coule sur la terre pour la première fois. La vie quitte le corps de Habil. Soudain, le silence retombe. La colère de Qabil s'évapore, remplacée par un sentiment nouveau et terrifiant : la panique. Il se retrouve avec le corps inerte de son frère. La mort est une chose nouvelle ; il ne sait pas quoi faire de ce cadavre qui commence à s'alourdir.
C'est alors qu'Allah envoie un professeur inattendu. Deux corbeaux se posent près de Qabil et commencent à se battre. L'un tue l'autre. Le corbeau vivant se met alors à gratter la terre avec ses pattes et son bec, creuse un trou, y pousse le cadavre de son congénère et le recouvre de terre.
Qabil, le fils d'Adam, l'être humain doué de raison, regarde l'oiseau et s'effondre en larmes. Il réalise sa propre bêtise. L'animal a plus de dignité et de savoir que lui.
Il s'écrie :
« Malheur à moi ! Suis-je incapable d'être comme ce corbeau et d'ensevelir le cadavre de mon frère ? » (Coran 5:31)
Il enterre Habil. Le Coran nous dit qu'après cela, il fut du nombre de ceux qui sont rongés par les remords (Nadam), bien que ce regret ne fût pas nécessairement un repentir sincère (Tawbah) qui mène au pardon immédiat.
Cette histoire se termine dans le Coran par une loi universelle décrétée suite à ce meurtre :
« C’est pourquoi Nous avons prescrit aux Enfants d’Israël que quiconque tue une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les hommes. Et quiconque lui fait don de la vie, c’est comme s’il faisait don de la vie à tous les hommes. » (Coran 5:32)
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