Imaginez la Mecque aux jours les plus sombres de la prophétie. Le Messager d'Allah (paix et bénédictions sur lui) était non seulement rejeté et persécuté pour son message, mais il subissait également une douleur intime et profonde : la perte de ses jeunes fils. Les garçons mouraient en bas âge. Le cœur du Prophète était brisé par le deuil.
Ses ennemis, les polythéistes hautains de Quraysh, voyant cette peine et cherchant à l'humilier publiquement, s'armèrent de l'insulte la plus cruelle que la culture arabe pouvait proférer.
Un jour, alors qu'un des chefs de l'opposition, ‘As ibn Wa’il, passait à côté du Prophète, il l'appela avec mépris :
« Al-Abtar ! »
Ce terme, Al-Abtar, signifie littéralement "celui qui est coupé" ou "le taillé". Dans le contexte culturel de l'époque cela signifiait que l'homme n'avait plus de descendance mâle pour perpétuer son nom. Pour les Arabes, c'était l'assurance que sa lignée s'éteindrait, que son héritage serait oublié, et que, une fois mort, il n'aurait aucune importance durable. C'était un coup destiné à le briser spirituellement.
Alors que cette cruauté verbale et la tristesse menaçaient d'écraser le cœur du Prophète, la Révélation vint. Courte, concise, mais infiniment puissante.
L'ange Jibril descendit et lui récita les trois versets qui composent la Sourate Al-Kawthar (La Prospérité en Abondance).
Le message divin était double : il apportait un réconfort illimité et une justice implacable.
Le premier verset ouvrait les portes d'un au-delà d'une richesse stupéfiante :
« Certes, Nous t'avons donné Al-Kawthar (l'abondance). » (Coran 108:1)
Al-Kawthar n'était pas seulement un mot, c'était une promesse. Les Compagnons ont demandé : qu'est-ce qu'Al-Kawthar ? Le Prophète a expliqué que c'était un fleuve au Paradis, plus blanc que le lait, plus doux que le miel, et dont les coupes étaient aussi nombreuses que les étoiles dans le ciel. C'est la fontaine à laquelle il abreuverait sa communauté le Jour du Jugement. Plus largement, Al-Kawthar signifie « l'abondance illimitée » : l'abondance en bénédictions, en honneur, en sagesse, et en une postérité spirituelle qui ne s'éteindrait jamais.
Face à la misère et au manque terrestre, Allah offrait un trésor éternel.
Fort de cette promesse, le Prophète reçoit l'ordre de manifester sa gratitude non pas par la tristesse, mais par l'action :
« Accomplis la prière pour ton Seigneur et sacrifie. » (Coran 108:2)
L'ordre était clair : célèbre cette faveur divine par la prière (le lien direct) et par le sacrifice (Nahr), un acte de générosité et de dévotion exclusive à Dieu, prouvant que son culte n'est pas celui des idoles.
Enfin, le verdict tombait sur les moqueurs. Le dernier verset inversait complètement l'insulte :
« Celui qui te hait sera certes, lui, Al-Abtar. » (Coran 108:3)
Ce n'était pas Muhammad (pbsl) qui serait oublié. Au contraire, le nom de Muhammad serait récité dans l'appel à la prière cinq fois par jour, sur toute la Terre, jusqu'à la fin des temps. La véritable sentence d'être "coupé" revenait à l'insulteur. C'était l'ennemi du Messager, celui qui méprisait le bien et la bonté divine, dont le nom et la mémoire s'éteindraient sans laisser d'héritage digne.
L'histoire de la Sourate Al-Kawthar est donc celle d'une victoire spirituelle écrasante sur l'humiliation humaine, et l'assurance que les bénédictions d'Allah surpassent de loin toute souffrance ou perte terrestre.
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