Il fut un temps, à l'époque du Prophète Moïse (Moussa), où vivait un homme doté d'une science immense : Bal’am ibn Ba’ura. Ce n'était pas un homme ordinaire ; il connaissait le Nom Suprême de Dieu (Al-Ism al-A'zam), celui par lequel toute invocation est exaucée. Les gens venaient de loin pour qu'il prie pour eux, et ses paroles semblaient atteindre directement le Trône divin.

Alors que Moïse et les Enfants d'Israël approchaient des terres des Cananéens (ou des Moabites, selon les récits), le roi de cette région prit peur. Il savait qu'aucune armée ne pouvait vaincre un prophète de Dieu par les armes. Il fit donc appel à Bal’am.

Le roi lui demanda : "Invoque ton Seigneur contre Moïse et son peuple, afin qu'ils ne puissent pas entrer sur nos terres."

Au début, Bal’am refusa catégoriquement. "Malheur à vous !" dit-il, "Moïse est le Prophète de Dieu, et les anges sont avec lui. Comment pourrais-je invoquer Dieu contre Son propre Prophète ?"

Le roi, rusé, changea de tactique. Il envoya à Bal’am des cadeaux somptueux : de l'or, des bijoux et des promesses de rang social élevé. Mais plus puissant encore que l'or fut l'influence de son entourage et de ses propres désirs cachés. Sa femme et les notables firent pression sur lui, flattant son ego et lui faisant miroiter une vie de luxe.

Peu à peu, le cœur de Bal’am, autrefois purifié par la science, commença à s'assombrir. La soif de reconnaissance et le confort matériel prirent le dessus sur sa crainte de Dieu. Il finit par céder.

Bal’am monta sur son ânesse pour se rendre sur une montagne surplombant le campement de Moïse. Mais Dieu fit en sorte que l'ânesse refuse d'avancer. Elle s'agenouilla. Bal’am la frappa, mais l'animal, par miracle, s'exprima : "Où m'emmènes-tu, Bal’am ? Ne vois-tu pas les anges devant moi ?"

Au lieu de se repentir, l'orgueil de Bal’am l'aveugla. Il continua à pied. Arrivé au sommet, il ouvrit la bouche pour maudire Moïse. Mais un prodige terrifiant se produisit : chaque fois qu'il voulait prononcer une malédiction contre Moïse, sa langue se détournait et il maudissait son propre peuple. Et chaque fois qu'il voulait bénir son peuple, il finissait par bénir Moïse.

Dieu lui retira alors sa lumière. Bal’am perdit sa connaissance sacrée et sa dignité. Sa langue se mit à pendre de sa bouche comme celle d'un animal assoiffé, et il ne put jamais la remettre en place. Il était devenu une enveloppe vide, un homme qui avait la vérité entre les mains et qui l'avait jetée pour une poignée de poussière.

Le Coran décrit cette chute brutale avec une image d'une puissance rare :

"Et raconte-leur l'histoire de celui à qui Nous avions donné Nos signes et qui s'en écarta. Le Diable l'aima donc [le suivit], et il fut du nombre des égarés. Et si Nous avions voulu, Nous l'aurions élevé par ces mêmes signes ; mais il s'inclina vers la terre et suivit sa propre passion." (Sourate Al-A'raf, 7:175-176)

Le verset poursuit avec une comparaison frappante pour illustrer l'état de celui qui a la science mais ne la met pas en pratique :

"Il est semblable au chien : si tu l'attaques, il halète, et si tu le laisses, il halète aussi. Tel est l'exemple des gens qui traitent de mensonges Nos signes." (Sourate Al-A'raf, 7:176)

Dépouillé de sa piété mais gardant sa ruse, Bal’am suggéra au roi une dernière stratégie : "Puisque mes prières ont échoué, envoyez les plus belles femmes de la ville vers le campement de Moïse avec des marchandises. Si un seul d'entre eux commet l'adultère, ils perdront la protection de leur Seigneur."

Le plan fonctionna en partie, provoquant une épidémie parmi les Enfants d'Israël, mais cela ne fit que sceller le destin misérable de Bal’am, qui mourut dans l'ignominie, loin de la grâce divine.