Il y avait une cité prospère (que beaucoup d'exégètes identifient à Antioche), mais dont les habitants s'étaient égarés dans l'idolâtrie et l'orgueil. Dieu décida de leur envoyer des messagers pour les ramener à la lumière.
Au début, deux envoyés arrivèrent dans la ville. Ils appelèrent le peuple à n'adorer qu'Allah et à délaisser les idoles. Mais les habitants, fermés à tout changement, les traitèrent de menteurs. Pour les soutenir, Dieu envoya un troisième messager.
Le Coran immortalise ce moment :
"Donne-leur comme exemple les habitants de la cité, quand lui vinrent les envoyés. Quand Nous leur envoyâmes deux [envoyés] et qu’ils les traitèrent de menteurs, Nous les renforçâmes par un troisième et ils dirent : 'Vraiment, nous sommes envoyés vers vous !'" (Sourate Ya-Sin, 36:13-14)
Les habitants, au lieu d'écouter, se mirent à argumenter avec mépris. Ils ne voyaient en ces hommes que de simples humains, sans aucun signe de royauté ou de divinité. — "Vous n'êtes que des hommes comme nous", disaient-ils. "Le Tout Miséricordieux n'a rien fait descendre et vous ne faites que mentir !"
Les messagers répondirent avec une patience prophétique : — "Notre Seigneur sait que nous sommes vraiment envoyés vers vous. Et il ne nous incombe que la transmission claire."
Face à cette persévérance, la ville bascula dans la menace. Les habitants accusèrent les messagers d'être des oiseaux de mauvais augure, responsables des malheurs qui frappaient la cité. Ils les menacèrent de lapidation et de supplices douloureux.
Alors que la tension était à son comble et que les messagers risquaient la mort, un événement inattendu se produisit. Du quartier le plus éloigné de la ville, un homme nommé Habib an-Najjar (Habib le charpentier) accourut.
Il n'était ni prophète, ni noble, mais son cœur débordait de foi. Il fendit la foule pour prendre la défense des envoyés :
"Et du bout de la ville, un homme vint en courant et dit : 'Ô mon peuple, suivez les envoyés ! Suivez ceux qui ne vous demandent aucun salaire et qui sont bien guidés !'" (Sourate Ya-Sin, 36:20-21)
Habib essaya de raisonner son peuple avec douceur et logique : "Pourquoi n'adorerais-je pas Celui qui m'a créé et c'est vers Lui que vous serez ramenés ? Prendrais-je en dehors de Lui des divinités ? Si le Tout Miséricordieux me veut du mal, leur intercession ne me servira à rien et ils ne me sauveront pas."
La foule, furieuse de voir l'un des siens prendre parti pour les étrangers, se jeta sur Habib. Selon les récits, ils le piétinèrent ou le lapidèrent jusqu'à ce que mort s'ensuive.
Mais au moment où son âme quittait son corps, le voile se leva. Le Coran ne décrit pas ses souffrances, mais sa transition immédiate vers la félicité :
"Il [lui] fut dit : 'Entre au Paradis'. Il dit : 'Ah ! Si seulement mon peuple savait !... En raison de quoi mon Seigneur m'a pardonné et mis au nombre des honorés'." (Sourate Ya-Sin, 36:26-27)
Même au Paradis, Habib ne ressentait aucune haine. Son seul regret était que son peuple ne puisse pas voir la splendeur de la récompense divine, ce qui les aurait sans doute poussés à croire.
Après le meurtre de Habib et le rejet définitif des messagers, le châtiment divin ne se fit pas attendre. Il n'y eut pas besoin d'une armée d'anges ou d'un cataclysme complexe. La puissance de Dieu s'exprima dans la simplicité absolue.
"Et après lui, Nous ne fîmes descendre du ciel aucune armée, Nous ne le faisons jamais. Ce ne fut qu'un seul Cri, et les voilà tous éteints." (Sourate Ya-Sin, 36:28-29)
Un seul son retentit, une vibration si puissante qu'elle figea la vie dans la cité. En un instant, l'orgueil, les palais et les idoles furent réduits au silence éternel.