Il y avait autrefois, dans les terres du Yémen, un roi puissant et tyrannique qui se prenait pour un dieu. Pour maintenir son peuple dans la soumission, il s'appuyait sur les illusions d'un vieux magicien. Mais le temps ne pardonne à personne, et le magicien, sentant sa fin proche, dit au roi : "Envoie-moi un jeune garçon intelligent, afin que je lui enseigne mon art avant que je ne meure."

Le roi choisit un jeune garçon vif d'esprit. Chaque jour, le garçon se rendait chez le magicien, mais sur son chemin se trouvait la demeure d'un moine, un homme qui adorait le Dieu Unique en secret. Curieux, le garçon s'assit un jour pour l'écouter. Les paroles du moine sur la vérité, la création et l'au-delà touchèrent son cœur plus profondément que les artifices du magicien.

Le garçon vécut un temps partagé entre deux maîtres, jusqu'au jour où une bête énorme bloqua le chemin des gens. Le garçon se dit : "Aujourd'hui, je saurai qui est le plus aimé de Dieu". Il ramassa une pierre et pria : "Ô Allah, si l'enseignement du moine T'est plus cher que celui du magicien, tue cette bête". Il lança la pierre, la bête s'effondra, et le peuple fut libéré.

Dès lors, le garçon commença à guérir les aveugles et les lépreux, non par sa force, mais par sa prière. Il disait à chaque personne guérie : "Ce n'est pas moi qui guéris, c'est Allah. Si tu crois en Lui, je L'invoquerai pour toi".

La nouvelle finit par atteindre le palais. Un haut conseiller du roi, autrefois aveugle et désormais guéri par la foi, fut interrogé par le tyran.

— "Qui t'a rendu la vue ?" demanda le roi.

— "Mon Seigneur", répondit le conseiller.

— "Moi ?" s'exclama le roi, outré.

— "Non, mon Seigneur et le tien : Allah".

Le roi entra dans une rage folle. Il fit torturer le conseiller, puis le moine, qu'il fit scier en deux parce qu'ils refusaient de renier leur foi. Enfin, il fit amener le garçon. Il tenta de le jeter du haut d'une montagne, puis de le noyer en pleine mer, mais à chaque fois, par la protection divine, le garçon revenait seul, tandis que les soldats du roi périssaient.

Le garçon dit alors au roi : "Tu ne pourras me tuer que si tu rassembles tout le peuple dans une vaste plaine. Attache-moi à un tronc, prends une flèche de mon carquois et dis : 'Au nom d'Allah, le Seigneur de ce garçon'".

Le roi, pressé d'en finir, fit exactement cela devant des milliers de témoins. La flèche frappa le garçon à la tempe, il posa sa main sur sa blessure et rendit l'âme. À cet instant, un immense cri s'éleva de la foule : "Nous croyons au Seigneur du garçon !"

Le roi, réalisant qu'il avait lui-même propagé la foi qu'il voulait détruire, ordonna le massacre. Il fit creuser d'immenses tranchées (Ukhdud) remplies de feu.

C'est ici que le Coran intervient pour immortaliser cette scène :

"Par le ciel aux constellations ! Et par le jour promis ! Et par le témoin et ce dont on témoigne ! Périssent les gens de l’Ukhdud, par le feu plein de combustible, alors qu’ils étaient assis tout autour, témoins de ce qu’ils faisaient des croyants." (Sourate Al-Buruj, 85:1-7)

Les croyants étaient jetés un à un dans le brasier. Une femme s'avança, portant son nourrisson. Elle hésita un instant devant l'ardeur des flammes, craignant pour son enfant. Alors, par un miracle final, le bébé parla et dit : "Ô mère, sois ferme, car tu es sur la vérité". Elle se précipita alors dans le feu.

Le roi et ses partisans se réjouissaient de leur apparente victoire, mais le Coran rappelle que leur crime ne restera pas impuni et que la véritable réussite appartient aux victimes.

"Ils ne leur reprochaient que d’avoir cru en Allah, le Puissant, le Digne de louanges, à qui appartient la royauté des cieux et de la terre. Allah est témoin de toute chose." (Sourate Al-Buruj, 85:8-9)

L'histoire des Ashab al-Ukhdud nous enseigne que la victoire ne se mesure pas toujours à la survie physique, mais à la préservation de l'âme et de la foi face à l'oppression. Ceux qui ont péri dans la tranchée ont gagné ce que le roi ne pourrait jamais posséder : l'éternité.